50 ans de la Banda – Libourne (33) 18/07
Cher Monsieur Terral… Jeannot…
Qui aurait pu croire, en 1976, que cinquante ans plus tard, la Banda Los Borrachos serait encore présente sur le territoire libournais ?
Lorsque vous avez réuni autour de vous une poignée de jeunes musiciens davantage chenapans que virtuoses, lorsque vous avez décidé d’apporter un peu de votre terre landaise au bord de la Dordogne, imaginiez-vous seulement ce que cela deviendrait ? Sans doute pas.
Et pourtant, nous y voilà. Cinquante ans plus tard, votre banda est toujours là. Bien sûr, le temps a passé. Les cheveux ont blanchi, les crânes se sont dégarnis, certains genoux grincent davantage qu’autrefois et les partitions sont parfois lues avec des lunettes que l’on cherchait encore il y a quelques années. Mais l’essentiel est resté intact. Cette envie de jouer ensemble, cette joie de se retrouver pour faire rire, chanter, danser.
Elle continue d’embarquer des générations de musiciens dans cette drôle d’aventure humaine que vous avez initiée.
Lorsque nous avons imaginé l’affiche de ce jubilé, nous avions vos mots en tête : “ Nichée au confluent de l’Isle et de la Dordogne, Libourne est une petite ville calme. Un important commerce de vin ( Bordeaux, Saint Emilion, Pomerol, Fronsac) donne à la cité une bonne aisance ainsi qu’une bonne mentalité bourgeoise.
Aussi, la naissance de la banda Los Borrachos en 1976, ne souleva aucun enthousiasme. Quels étaient donc ces débiles qui allaient inonder les mornes artères de la cité de leur musique barbare ? “ Alors, nous avons dessiné une gabarre.
Une grande embarcation chargée de personnages, de souvenirs, d’instruments et d’amitié. Une arche de Noé à notre manière. Un bateau un peu fou, parfois bringuebalant, parfois bruyant, jamais vraiment rangé, mais toujours en route.
En le regardant, nous nous sommes dit qu’il ressemblait finalement beaucoup aux Borrachos. Car depuis cinquante ans, combien sommes-nous à être montés à bord ? Des centaines sans doute. Des enfants devenus parents, des parents devenus grands-parents, des musiciens de passage et d’autres qui n’ont jamais vraiment quitté le navire.
Tous différents.
Tous indispensables.
Et si la traversée n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, si quelques tempêtes sont parfois venues assombrir l’horizon, le bateau a toujours poursuivi sa route.
« Fluctuat nec mergitur » comme le chantait un autre moustachu…
Ballotté par les vents, secoué par les vagues, mais jamais coulé.
Vous savez, Monsieur Terral, lorsque nous racontons l’histoire de la banda, nous parlons souvent des fêtes, des férias, des kilomètres parcourus, des repas interminables, des nuits trop courtes et des défilés trop longs, et des anecdotes qui font encore rire cinquante ans plus tard. Mais ce n’est pas cela, au fond, le plus important.
Le plus important, c’est ce que vous avez construit sans peut-être le savoir.
Vous avez créé bien plus qu’une banda. Vous avez créé un refuge. Un endroit où l’on pouvait arriver sans connaître grand monde et repartir avec des amis pour la vie. Un endroit où un adolescent pouvait trouver sa place parmi des adultes. Où un retraité pouvait retrouver sa jeunesse. Où les générations pouvaient se mélanger sans jamais se compter. Où les différences s’effaçaient derrière une tenue rouge et blanche et quelques notes de musique.
Vous avez créé une famille. Une famille choisie. Une de celles que la vie nous offre parfois et qui nous accompagne bien au-delà de la musique.
À travers les années, nous avons partagé des joies immenses, quelques peines aussi. Nous avons vu des enfants grandir dans les rangs. Nous avons vu des musiciens devenir parents puis grands-parents. Nous avons vu des copains partir trop tôt et d’autres continuer à faire vivre leur souvenir autour d’un comptoir ou au détour d’un pasacalle.
Nous avons connu des périodes d’abondance et des périodes plus compliquées. Des moments où le vent nous poussait dans le bon sens et d’autres où il fallait tenir la barre malgré la tempête.
Et aujourd’hui encore, lorsque nous entrons dans notre salle, nous avons parfois l’impression que tout ce petit monde est toujours là. Comme si le temps n’avait pas totalement de prise sur cette aventure.
Alors, à l’heure où les Borrachos s’apprêtent à souffler leurs cinquante bougies, nous voulions simplement vous dire merci.
Merci d’avoir eu cette idée un peu folle.
Merci d’avoir cru qu’une banda pouvait exister ici.
Merci pour toutes les rencontres que vous avez rendues possibles, pour ces voyages.
Merci pour les amitiés nées sous votre impulsion.
Merci pour tous ces souvenirs qui remplissent aujourd’hui nos têtes et nos cœurs.
Car si les Borrachos existent encore cinquante ans plus tard, ce n’est pas seulement parce qu’ils jouent de la musique. C’est parce qu’ils continuent de faire vivre ce que vous leur avez transmis dès le premier jour : le goût de l’amitié, du partage, de la fête et des autres, et surtout votre passion. C’est parce que lorsque les tempêtes arrivent, chacun trouve à bord une épaule, un sourire, une main tendue ou simplement une place autour du comptoir.
Et cela, aucune année ne pourra l’effacer.
Alors, de là où vous nous observez, levez donc un verre avec nous. Votre radeau poursuit sa route. Il continue d’embarquer des générations de musiciens, de copains et de rêveurs. Il tangue parfois, il grince souvent, mais il avance toujours.
Et nul besoin d’affirmer qu’au milieu du vacarme joyeux de notre musique et de nos cœurs battants, il y aura toujours une place qui vous sera réservée.
Avec toute notre affection et notre reconnaissance,
Vos Borrachos.
